«19h molo favarolo – barco migranti»

Chroniques de Lampedusa (4/7)
10 June, 2015

Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Francesco. Il a 43 ans, est diplômé en sciences politique. Depuis un an, il travaille à Lampedusa pour Mediterranean Hope, une association émanant de l’Eglise protestante en Italie qui vient en aide aux migrants à Lampedusa.

L’action de Francesco s’ancre dans sa révolte : « Lampedusa sauve mais l’Europe n’accueille pas. Si tant de migrants subsahariens se dirigent, au péril de leur vie, vers notre vieux continent c’est à cause de la politique économique que nous menons. Notre système capitaliste se fonde sur la guerre économique et l’exploitation à outrance de l’Afrique. Nous avons mis ces pays dans une situation d’instabilité politique, économique, sociale et sanitaire. C’est honteux de faire comme si cela ne nous concernait pas ».

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Un «carabiniere» est avant tout un homme

Chroniques de Lampedusa (3/7)
10 June, 2015

Ce matin, avec mon bébé, nous nous sommes levées tôt, cinq heures. La veille, j’avais rencontré Umberto, sur le port. Umberto est pêcheur, il a passé toute sa vie à Lampedusa. Comme la majorité des lampedusiens, il ne parle qu’italien. Pourquoi parler d’autres langues si tu ne vas jamais voir ailleurs. Je lui demande s’il a été confronté aux migrants. Il pense que je lui demande de m’emmener en bateau. Il est d’accord. « Non, non, les migrants », je dis. Tu veux du poisson ? « Non, non, les migrants ». On se croirait dans un dialogue de Haddock et la boucherie Sanzo. Finalement, il m’apprend que les bateaux amenant les migrants arrivent souvent au petit jour : « Ils quittent la nuit la Lybie. Si tu veux les voir, viens à sept heures du matin. Ici ».

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«My name is Ibrahim, I arrived on Sunday»

Chroniques de Lampedusa (2/7)
10 June, 2015

Loreto est embarrassé. Hier, il m’a proposé de me conduire au Centre d’accueil des migrants, forteresse hautement sécurisée. A présent, il regrette. Lorsque j’arrive au bar, il est attablé avec Lucy, jolie blonde d’une trentaine d’années. Il retarde le moment de partir. Un coup de téléphone, une chose à faire. Je reste seule avec Lucy. Elle déprime, un boulot horrible, humainement peu supportable, elle murmure « les gens, les gens ! », elle déteste Lampedusa. « J’étouffe ici, c’est trop petit, je veux travailler à Londres » même si elle ne parle pas un mot d’anglais. Je comprendrai plus tard qu’elle fait la plonge au Centre des migrants et ce qu’y elle voit chaque jour n’est plus tenable. « Elle pleure tous les matins et elle travaille là seulement depuis septembre », me confie Loreto. Ce qui s’y passe exactement, je n’en saurai rien. Ce qui s’y passe exactement, elle ne me le dira pas. C’est ce qui arrive généralement quand parle du Centre d’accueil des migrants de Lampedusa.

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Chaque Lampedusien est une île

Chroniques de Lampedusa (1/7)
10 June, 2015

Il ne suffit pas de quitter Bruxelles, il faut arriver à Lampedusa. Moi qui m’imaginais que ce serait un jeu d’enfant puisque c’est toujours l’Europe… Il y avait pourtant eu le regard de l’hôtesse de l’air, avant d’embarquer, à Zaventem, alors que je lui tendais mon billet : « Comment ? C’est vous qui partez à Lampedusa ? » – j’avais été trop estomaquée pour répondre – comme si c’était l’idée la plus saugrenue du monde. Qu’y a-t-il à espérer, à rêver, à comprendre à Lampedusa ? Si on souhaite se défaire de la lourdeur du monde, on a le bon goût de choisir des endroits vierges, on ne s’envole pas pour Lampedusa.

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Voyage en barbarie

Prix Albert-Londres audiovisuel
30 May, 2015

Nous vous invitons fortement à visionner cet excellent documentaire réalisé par Delphine Deloget et Cécile Allegra.