«C’est important pour nous de savoir s’il est mort»

Chroniques de Lampedusa (7/7)
13 June, 2015

Ce dernier soir avant le départ, j’ai décidé de m’octroyer une soirée de détente au petit restaurant de Loreto. Sur la route, je passe devant Molo Faravolo, la zone militaire où les migrants Somaliens ont débarqué il y a deux jours. Les grilles sont grandes ouvertes. Je décide d’y rentrer ni vu, ni connu, histoire d’approcher des membres de la Guardia di Finanza qui a pour mission de recueillir les clandestins et les amener à Lampedusa. Justement, un homme en uniforme fume une cigarette près de la jetée. « Est-ce que vous parlez anglais ? » Oui, c’est ma chance. Il m’explique que même si la mer est calme – on parle de 4000 migrants par jour en Méditerranée – personne n’arrivera ici ce soir car un navire anglais patrouille près des côtes libyennes et a reçu l’ordre de transporter tous les clandestins directement en Sicile. Congé donc pour Lampedusa!

Read Post

 

Les mères et leurs tout-petits

Chroniques de Lampedusa (6/7)
12 June, 2015

Je croyais, après vu le Centre, assisté à l’arrivée de migrants Somaliens et au rapatriement de mineurs clandestins vers la Sicile, que j’avais vu tout ce qu’il y a à voir à Lampedusa. En me levant ce matin je me demandais ce que j’allais bien pouvoir écrire. A présent, je peux dire qu’on n’a jamais tout vu à Lampedusa. Mieux, on ne s’habitue jamais à Lampedusa.

Read Post

 

Si je m’en vais, personne ne témoignera de ce qui se passe ici

Chroniques de Lampedusa (5/7)
10 June, 2015

Giacomo, le chef des carabinieri – je le sais à ses deux étoiles sur son uniforme – ne m’avait pas menti : ce matin, une partie des migrants a quitté le Centre. J’arrive à l’ancien port dès huit heures, personne. Un employé, un chauffeur de taxi et un vieil homme sur sa mobylette discutent dans la zone militaire interdite au public. J’y pénètre, je demande : « Des migrants embarqueront-ils, ce matin ? » Migranti ? Si. Alle nove.

Read Post

 

«19h molo favarolo – barco migranti»

Chroniques de Lampedusa (4/7)
10 June, 2015

Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Francesco. Il a 43 ans, est diplômé en sciences politique. Depuis un an, il travaille à Lampedusa pour Mediterranean Hope, une association émanant de l’Eglise protestante en Italie qui vient en aide aux migrants à Lampedusa.

L’action de Francesco s’ancre dans sa révolte : « Lampedusa sauve mais l’Europe n’accueille pas. Si tant de migrants subsahariens se dirigent, au péril de leur vie, vers notre vieux continent c’est à cause de la politique économique que nous menons. Notre système capitaliste se fonde sur la guerre économique et l’exploitation à outrance de l’Afrique. Nous avons mis ces pays dans une situation d’instabilité politique, économique, sociale et sanitaire. C’est honteux de faire comme si cela ne nous concernait pas ».

Read Post

 

Un «carabiniere» est avant tout un homme

Chroniques de Lampedusa (3/7)
10 June, 2015

Ce matin, avec mon bébé, nous nous sommes levées tôt, cinq heures. La veille, j’avais rencontré Umberto, sur le port. Umberto est pêcheur, il a passé toute sa vie à Lampedusa. Comme la majorité des lampedusiens, il ne parle qu’italien. Pourquoi parler d’autres langues si tu ne vas jamais voir ailleurs. Je lui demande s’il a été confronté aux migrants. Il pense que je lui demande de m’emmener en bateau. Il est d’accord. « Non, non, les migrants », je dis. Tu veux du poisson ? « Non, non, les migrants ». On se croirait dans un dialogue de Haddock et la boucherie Sanzo. Finalement, il m’apprend que les bateaux amenant les migrants arrivent souvent au petit jour : « Ils quittent la nuit la Lybie. Si tu veux les voir, viens à sept heures du matin. Ici ».

Read Post