Les mères et leurs tout-petits

Chroniques de Lampedusa (6/7)
12 June, 2015

Je croyais, après vu le Centre, assisté à l’arrivée de migrants Somaliens et au rapatriement de mineurs clandestins vers la Sicile, que j’avais vu tout ce qu’il y a à voir à Lampedusa. En me levant ce matin je me demandais ce que j’allais bien pouvoir écrire. A présent, je peux dire qu’on n’a jamais tout vu à Lampedusa. Mieux, on ne s’habitue jamais à Lampedusa.

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Si je m’en vais, personne ne témoignera de ce qui se passe ici

Chroniques de Lampedusa (5/7)
10 June, 2015

Giacomo, le chef des carabinieri – je le sais à ses deux étoiles sur son uniforme – ne m’avait pas menti : ce matin, une partie des migrants a quitté le Centre. J’arrive à l’ancien port dès huit heures, personne. Un employé, un chauffeur de taxi et un vieil homme sur sa mobylette discutent dans la zone militaire interdite au public. J’y pénètre, je demande : « Des migrants embarqueront-ils, ce matin ? » Migranti ? Si. Alle nove.

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«19h molo favarolo – barco migranti»

Chroniques de Lampedusa (4/7)
10 June, 2015

Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Francesco. Il a 43 ans, est diplômé en sciences politique. Depuis un an, il travaille à Lampedusa pour Mediterranean Hope, une association émanant de l’Eglise protestante en Italie qui vient en aide aux migrants à Lampedusa.

L’action de Francesco s’ancre dans sa révolte : « Lampedusa sauve mais l’Europe n’accueille pas. Si tant de migrants subsahariens se dirigent, au péril de leur vie, vers notre vieux continent c’est à cause de la politique économique que nous menons. Notre système capitaliste se fonde sur la guerre économique et l’exploitation à outrance de l’Afrique. Nous avons mis ces pays dans une situation d’instabilité politique, économique, sociale et sanitaire. C’est honteux de faire comme si cela ne nous concernait pas ».

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Un «carabiniere» est avant tout un homme

Chroniques de Lampedusa (3/7)
10 June, 2015

Ce matin, avec mon bébé, nous nous sommes levées tôt, cinq heures. La veille, j’avais rencontré Umberto, sur le port. Umberto est pêcheur, il a passé toute sa vie à Lampedusa. Comme la majorité des lampedusiens, il ne parle qu’italien. Pourquoi parler d’autres langues si tu ne vas jamais voir ailleurs. Je lui demande s’il a été confronté aux migrants. Il pense que je lui demande de m’emmener en bateau. Il est d’accord. « Non, non, les migrants », je dis. Tu veux du poisson ? « Non, non, les migrants ». On se croirait dans un dialogue de Haddock et la boucherie Sanzo. Finalement, il m’apprend que les bateaux amenant les migrants arrivent souvent au petit jour : « Ils quittent la nuit la Lybie. Si tu veux les voir, viens à sept heures du matin. Ici ».

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«My name is Ibrahim, I arrived on Sunday»

Chroniques de Lampedusa (2/7)
10 June, 2015

Loreto est embarrassé. Hier, il m’a proposé de me conduire au Centre d’accueil des migrants, forteresse hautement sécurisée. A présent, il regrette. Lorsque j’arrive au bar, il est attablé avec Lucy, jolie blonde d’une trentaine d’années. Il retarde le moment de partir. Un coup de téléphone, une chose à faire. Je reste seule avec Lucy. Elle déprime, un boulot horrible, humainement peu supportable, elle murmure « les gens, les gens ! », elle déteste Lampedusa. « J’étouffe ici, c’est trop petit, je veux travailler à Londres » même si elle ne parle pas un mot d’anglais. Je comprendrai plus tard qu’elle fait la plonge au Centre des migrants et ce qu’y elle voit chaque jour n’est plus tenable. « Elle pleure tous les matins et elle travaille là seulement depuis septembre », me confie Loreto. Ce qui s’y passe exactement, je n’en saurai rien. Ce qui s’y passe exactement, elle ne me le dira pas. C’est ce qui arrive généralement quand parle du Centre d’accueil des migrants de Lampedusa.

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