La Libre : Comment est né le Pacte sur les migrations qui déchaîne les passions de bien des Etats

10 décembre 2018

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Parler de migration était encore impensable à l’Onu il y a un peu plus de 10 ans.

La veille de sa présentation officielle à Marrakech, ces lundi et mardi, le pacte sur les migrations de l’Onu n’avait pas fini de déchaîner les passions de bien des États et de nourrir les critiques des populistes de tous bords. Pris dans les échanges de tirs de la politique interne belge, ce texte d’à peine 30 pages aura même enterré de facto le gouvernement du plat pays. « Tout ça pour un texte qui n’est même pas obligatoire et qui n’ajoute aucun droit aux migrants… Il y a encore énormément de résistance des États, qui craignent de partager leur pouvoir ultime souverain de décider qui entre et qui sort de leur territoire », observe François Crépeau, professeur de droit à l’Université McGill au Canada. Rapporteur spécial de l’Onu sur les droits de l’homme des migrants entre 2011 et 2017, il retrace pour La Libre Belgique les prémices de ce texte dont l’existence même marque alors une véritable rupture.

Ne serait-ce qu’évoquer la migration au sein des Nations unies était impensable il y a un peu plus de dix ans. « À partir de 1950, les États ne voulaient pas que la migration, attribut de la souveraineté territoriale, soit discutée de façon multilatérale. Elle n’était pas un sujet pour les Nations unies, qui sont un cadre de coopération internationale », explique M. Crépeau.

(…)

Ce Pacte pour les migrations – négocié pendant plus de deux ans à la sueur du front de la représentante spéciale de l’Onu pour les migrations, la Canadienne Louise Arbour – se base sur l’idée que le phénomène migratoire est naturel. « Et il faut le gérer comme tel. Les frontières n’ont jamais été fermées. Les frontières démocratiques – au contraire de celles de la Corée du Nord – sont poreuses. Car l’homme est une espèce animale migrante. Et la migration est fondée sur l’espoir d’une vie meilleure. Nous n’arracherons pas l’espoir du cœur de l’homme », résume donc M. Crépeau.

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