Sign of Ouagadougou in Burkina Faso.
  Ouagadougou. Credit Jeff Attaway.

Un siècle d’histoire migratoire au Burkina Faso : quelles leçons?

Victor Piché
28 May, 2015

Communication préparée pour le Colloque international sur « Les migrations burkinabè : permanences et changements » – Hommage au Professeur Dieudonné Ouédraogo, Institut supérieur des sciences de la population, Université de Ouagadoug, 28-30 mai 2015

Hommage à Dieudonné Ouédraogo

Introduction

Les deux enquêtes nationales sur les migrations au Burkina Faso offrent une occasion unique de tracer un bilan sur le long terme. À ma connaissance, aucun autre pays n’a réalisé de telles entreprises de collecte qui soient représentatives au niveau national et en tout point comparables. En utilisant les histoires biographiques migratoires et en regroupant les migrations enregistrées selon la période où elles ont eu lieu, il est possible de remonter jusqu’au début du vingtième siècle et examiner un ensemble de caractéristiques des migrations : outre l’origine et la destination, il est possible de tracer l’évolution des migrations masculines et féminines en fonction de caractéristiques démographiques (âge à la migration, durée), économiques (emplois) et sociales (intégration).

Je vais aborder trois types de leçons, qui constituent en fait des apports originaux des deux enquêtes. En premier lieu, je soulignerai trois leçons méthodologiques, d’abord en répondant aux deux questions suivantes: (1) dans quelle mesure les histoires migratoires sont-elles fiables ? (2) Est-ce que les travaux sur l’insertion urbaine, en excluant les personnes qui ne sont plus présentes au moment de l’enquête, sont biaisés dans un sens positif (surestimant l’insertion réussie) ou négatif (sous-estimant l’insertion). (3) Je soulignerai également l’apport original qu’a constitué le développement d’une technique de calculs des taux migratoires.

Une deuxième leçon provient de cinq types de résultats significatifs et à mon avis innovateurs. En premier lieu, j’insisterai sur le fait que l’analyse des matrices migratoires permet d’illustrer la grande complexité des mouvements migratoires. Le deuxième point analyse les causes des migrations, surtout à partir des motifs. Troisièmement, les deux enquêtes ont permis de documenter la dynamique géo-ethnique en distinguant les migrations de la zone mossi des autres régions du Burkina. Quatrièmement, l’analyse des migrations féminines pendant tout le 20ième siècle a fait ressortir la contribution jusqu’ici occultée des femmes dans le système migratoire. Enfin, les résultats jettent un éclairage inédit sur les liens entre migration et développement.

En conclusion, j’identifierai les grands apports théoriques des deux enquêtes : la nécessaire violence à l’origine du régime migratoire dans des sociétés non marchandes, l’origine et le maintien d’un système migratoire circulaire, la migration comme stratégie familiale, inscrite dans une problématique de mondialisation, les facteurs structurels, et enfin les éléments d’économie politique (nature des régimes économiques et politiques producteurs d’inégalités).

Victor Piché est Professeur honoraire au Département de démographie de l’Université de Montréal et Chercheur associé de la Chaire Oppenheimer en droit international public de l’Université McGill.

Pour continuer la lecture de cet article: Piché – Un siècle d’histoire migratoire au Burkina Faso

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