Des migrants arrivent à Tripoli, après avoir été secourus par des garde-côtes libyens, le 28 août. Photo Credit: Ismail Zetouni. Reuters

Libye: la France, l’UE et les réseaux criminels, main dans la main

Par Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières
7 September, 2017

Clear and powerful testimony indicting Global North migration control policies. Merci à Denise

“Joanne Liu, présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), accuse la France et d’autres pays européens d’entretenir, via leur politique migratoire, un réseau criminel en Libye…

En Libye, il est de notoriété publique que le système de détention des candidats au refuge sur le sol européen est abject. Pour appeler un chat un chat, il consiste en une entreprise prospère d’enlèvement, de torture et d’extorsion. En choisissant sciemment de contenir à tout prix les migrants en Libye, la France et les gouvernements de l’UE légitiment un tel système…

Il n’est pourtant pas concevable que des gens puissent être renvoyés en Libye aujourd’hui, comme il est intolérable qu’ils soient contraints d’y rester. MSF intervient dans les centres de détention à Tripoli depuis plus d’un an et est le témoin d’un système arbitraire de détention mais aussi d’extorsion, d’abus, de tortures et de privation que les hommes, les femmes et les enfants y subissent au quotidien.

J’étais dans quelques-uns de ces centres la semaine dernière ; j’y ai rencontré des personnes traitées comme des marchandises. Les gens sont entassés dans des pièces sombres et sales, sans ventilation. Ils vivent les uns sur les autres et défèquent sur le ciment. Les hommes nous racontent comment, par petits groupes, ils sont forcés de courir nus dans la cour jusqu’à tomber d’épuisement. Les geôliers violent les femmes avant d’exiger qu’elles contactent leurs familles, implorant qu’on leur envoie de l’argent pour qu’elles puissent s’extraire de ce cauchemar…

La situation inhumaine des migrants en Libye est entretenue par la politique de la France et des pays européens, qui a depuis des années comme objectif de repousser les gens hors d’Europe, de les maintenir hors de vue à tout prix. Les effets de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie en 2016, ce que nous avons vu en Grèce, en France, dans les Balkans et au-delà, sont autant d’exemples de frontières toujours plus hermétiques et d’une politique de rejet toujours plus radicale.

La mobilité des personnes à l’échelle internationale doit s’organiser et non être combattue coûte que coûte : c’est le seul moyen d’éviter que les gens ne deviennent otages de réseaux de trafiquants que les dirigeants politiques prétendent vouloir démanteler.”

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