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Migrants: l’ONU témoin de l’impuissance des États

La communauté internationale a pris la mesure de sa propre incapacité à résoudre un problème devenu planétaire.
15 June, 2015

L’Europe avait souhaité un large dialogue consacré à la question des migrants en ouverture de la session d’été du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Pas pour évoquer les solutions envisagées au sein de son espace afin de maîtriser les flux migratoires, mais pour inciter les pays d’où proviennent ces populations à prendre aussi leur part de responsabilité.

Lors de son intervention, le représentant de l’Union européenne a rappelé que c’était «les violations pures et simples de leurs droits civils et politiques» qui conduisaient «des citoyens à fuir leur patrie pour rechercher la sécurité et la prospérité» ailleurs et souvent au prix de risques insensés. Alors que démarrait ce débat, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) annonçait la découverte des corps de 18 migrants morts de soif et d’épuisement dans le désert du Sahara. Ils venaient du Niger, du Mali, du Sénégal, de Centrafrique, du Liberia, de Guinée…

Quand ils ne périssent pas en mer, les candidats à l’exil s’évaporent dans le sable… «Il est temps que la communauté internationale passe aux actes face à cette spirale macabre», a dit l’ambassadeur du Niger. Tous les intervenants qui se sont succédé ont dénoncé les réseaux criminels qui prospèrent en organisant des filières de migration clandestines avant de déplorer, avec le même unanimisme, l’impuissance des Etats à endiguer le phénomène. Tout le monde a conscience du «cauchemar» vécu par les migrants mais personne n’a trouvé les moyens d’y mettre fin. Ce qui exaspère les humanitaires. Hier, Amnesty International a publié un rapport alarmiste sur la crise des migrants dans le monde. L’ONG n’y va pas par quatre chemins et évoque carrément «une conspiration de négligence». «La réponse de la communauté internationale est une honte et un échec», a déploré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

A Genève, le Haut-commissaire aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein a fait de la diplomatie et de la politique. Il a rappelé que le problème des migrants n’affectait pas seulement l’Europe mais aussi l’Asie du Sud-Est, l’Australie, les États-Unis, les pays du Golfe, l’Afrique du Sud… En fait, le Jordanien qu’on disait affaibli et fragilisé ces derniers temps s’est employé à n’épargner personne. Il a redit que l’Europe n’en faisait pas assez. «Je me félicite de la récente décision de l’UE de lutter contre la migration en intensifiant la recherche et le sauvetage en Méditerranée. Mais je serais heureux si elle accueillait plus de migrants», a déclaré le Haut-commissaire aux droits de l’homme avant de renvoyer aux conclusions du rapporteur spécial sur les droits humains des migrants, Francois Crépeau. Lequel a estimé que l’Europe pourrait accueillir, si elle le voulait, un million de réfugiés.

Zeid Ra’ad Al Hussein a, en outre, exhorté les Européens à faire respecter les droits des migrants pour qu’ils ne se retrouvent pas à la merci d’employeurs sans scrupule. Une petite flèche décochée à l’adresse du gouvernement conservateur de David Cameron qui vient d’annoncer, à l’occasion de la célébration du 800e anniversaire de la Magna Carta, qu’il souhaitait abroger la loi sur les droits de l’homme (Human Rights Act) votée en 1998 et rompre «s’il le faut» avec les juges de la Cour européenne des droits de l’homme. Bien emballé, le message est passé comme une lettre à la poste. Les autres pays européens, eux, n’ont pas boudé leur plaisir de voir les Anglais rappelés à l’ordre par le très British Zeid Ra’ad Al Hussein.

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