Affiche de l'événement
 

Table ronde: Le réfugié particulier et le réfugié pluriel

Réfugié(e)s et Déplacé(e)s: Droit, Littérature et Migration
11 September, 2015

Invitation
Évènement d’ouverture du projet de recherche :
Réfugié(e)s et Déplacé(e)s : Droit, Littérature et Migration
Table ronde :
Le réfugié particulier et le réfugié pluriel

Vendredi 11 septembre 2015
De 10h à 12h
Carrefour des arts et des sciences de l’Université de Montréal
Salle C-2059

Le 15 juillet dernier, dans le cadre d’un débat filmé avec des élèves de Rostock en Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel se retrouvait face à une jeune Palestinienne prénommée Reem, lui faisant part de la difficulté qu’elle éprouve à envisager le futur en tant que réfugiée. La réponse de la chancelière, très brève, se résumait à dire que la politique est bien souvent difficile et que l’Allemagne ne pouvait se permettre de dire oui à tous les réfugiés et que certains allaient devoir quitter le pays. La jeune fille s’est alors mise à pleurer et la chancelière a tenté de la réconforter, disons-le, assez maladroitement. Il s’agit certes d’une anecdote, si l’on considère tous les évènements ayant cours actuellement en Europe concernant la situation des migrants et des réfugiés. Toutefois, cette anecdote, reprise sur les réseaux sociaux un peu partout en Allemagne, fait montre d’une représentation du réfugié des plus problématiques.

Déjà, l’article publié par le Washington Post le 16 juillet dernier, dont le titre sensationnaliste — « Watch: Germany’s Merkel makes a young refugee girl cry, then tries to comfort her » — met l’accent sur des termes propres à émouvoir le lecteur : la jeunesse, les pleurs, le réconfort, etc. De plus, il signale, dès le second paragraphe, une vision du migrant et du réfugié qui est double : « During a videotaped debate in a high school, the German leader was confronted with a young Palestinian refugee called Reem speaking flawless German ». La précision relative à la qualité de l’allemand de la jeune réfugiée suppose une dualité sans cesse représentée dans les médias : il y a le bon réfugié, celui qui s’intègre rapidement, participe à la vie sociale, économique et politique de sa nouvelle patrie, apprend à en maîtriser la langue, etc. ; et il y a le mauvais réfugié, celui qui a été accepté dans un pays auquel il ne s’intègre pas, dont il n’apprend même pas les rudiments de la langue, et qui, sans cesse, tente de forcer l’intégration de ses croyances religieuses et/ou culturelles dans son pays d’accueil. La concentration de ces deux pôles dans les discours médiatiques a entraîné un changement drastique dans ce que nous nommons ici la configuration narrative du migrant et a fait de lui non plus un sujet, mais objet politique et juridique qui doit être surveillé.

Mais l’anecdote participe aussi d’une autre forme de polarisation de la figure du réfugié, polarisation montrant la problématique que pose aujourd’hui la représentation d’une telle identité. Il y a le réfugié particulier et le réfugié pluriel. Le réfugié particulier, c’est par exemple, cette jeune fille, Reem, qui raconte son expérience personnelle et qui pleure devant une personnalité politique. Devant elle, les réseaux sociaux multiplient les messages d’empathie, de critiques à propos de la froideur de la chancelière qui ne semble pas être émue par le cas particulier en face duquel elle se retrouve, alors que semble-t-il, elle le devrait Le réfugié pluriel, quant à lui, est ce réfugié anonyme. Il peut être sur un bateau partant de Syrie ou de Libye pour rejoindre les côtes de l’Italie, ou encore hanter l’un des nombreux camps de réfugiés qui ne cessent de s’accroître. Son visage n’apparaît pas sur nos écrans de télévision, il fait partie des nombres abstraits que nous présentent tous les jours les journaux — “40 Migrants Found Dead in Sea Rescue”, “6,500 Migrants and Refugees Cross Into Austria From Hungary”, « Des milliers de migrants continuent d’affluer en Serbie », etc. — et il est par le fait même, une abstraction. Sans visage précis, sans nom, il fait partie d’un nombre difficile à concevoir, d’une réalité dont les termes n’ont pas été posés, n’étant pas circonscrit par un cas particulier, sa figure se perd dans les chiffres.

La table ronde d’ouverture de « Réfugié(e)s et Déplacé(e)s : Droit, Littérature et Migration », propose donc de démarrer le projet en réfléchissant à ces deux formes doubles de représentations, à leur impact sur la configuration narrative du réfugié et du migrant, ainsi qu’à leurs limites.

Participants :
Simon Harel (Université de Montréal)
François Crépeau (Université McGill)
Idil Atak (Ryerson University)
Marie-Pierre Bouchard (Université du Québec à Montréal)

Animatrice :
Laurence Sylvain (Université de Montréal)

Pour questions et informations : refugiesetdeplaces@gmail.com

Share this: