Des mannequins portant des vêtements datant de l'époque des «boat people».
  Une exposition présentée au musée Pointe-à-Callière rappelle la crise des «boat people». Photo - Pedro Ruiz, Le Devoir.

Weil refuse de critiquer le Canada

Le Devoir
31 August, 2015

On souligne le 40e anniversaire de l’arrivée au Canada des boat people, ces réfugiés vietnamiens, laotiens et cambodgiens ayant fui le régime communiste, alors que la crise des migrants se poursuit en Europe. Et contrairement à plusieurs experts, la ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil, refuse de critiquer le travail des conservateurs en matière d’accueil des réfugiés.

« Il faut avoir la capacité d’accueil, être capable de subvenir à leurs besoins et que les collectivités soient prêtes à accueillir et intégrer plus de personnes », explique-t-elle, ce pour quoi elle « n’ose » pas critiquer le fédéral.

Le Québec prévoit accueillir 2000 réfugiés pour l’année 2015, y compris ceux qui sont parrainés par le privé, indique Mme Weil. Le Canada s’est quant à lui engagé à accueillir 10 000 réfugiés syriens au cours des trois prochaines années, 3 000 réfugiés iraquiens en 2015. Moins de 1000 réfugiés syriens et irakiens ont toutefois été reçus dans les quatre premiers mois de 2015.

En comparaison, entre 1979 et 1981, près de 60 000 réfugiés vietnamiens se sont installés au Canada et 13 000 au Québec. Le gouvernement canadien avait décidé de parrainer un immigrant pour chaque immigrant parrainé par des organismes.

La situation de l’immigration est aujourd’hui bien différente, estime Mme Weil, ce qui explique les différences entre les stratégies gouvernementales des deux époques.

« C’était le volume d’immigration de l’époque. Il y a toute cette question de capacité d’accueil. Aujourd’hui, beaucoup viennent au Canada grâce au regroupement familial. Il y a aussi l’immigration économique. À l’époque [des boat people], il y avait moins d’immigration économique et de regroupement familial », a-t-elle dit en marge d’une cérémonie organisée au musée Pointe-à-Callière.

Comparaisons valables

Laura Madokoro, chercheuse en migrations internationales, rejette cette explication. « On peut se demander, comme société, si réduire le nombre de réfugiés parce qu’il y a plus d’immigrants dans une autre catégorie est une bonne façon de réagir aux crises, ou s’il faut plutôt ouvrir les portes en temps de crise. »

Mme Madokoro croit que plusieurs comparaisons peuvent être faites entre la situation des bateaux fantômes en Europe et celle des boat people. « Ça a pris plusieurs années avant de voir des actions gouvernementales dans les deux cas, c’est la même histoire de gens qui se déplacent à cause de la guerre et ce sont des communautés non installées au pays. Ce qui n’est toutefois pas comparable, c’est la réponse du gouvernement canadien. Ce dernier avait mis beaucoup d’énergie à l’époque pour encourager les communautés à participer au parrainage, et ce n’est pas le cas aujourd’hui. »

François Crépeau, professeur de droit international à l’Université McGill, invite lui aussi le prochain gouvernement canadien à s’inspirer du cas des boat people. « On peut accueillir beaucoup plus de réfugiés qu’on le fait en ce moment. » Il encourage à la fois le parrainage privé et de l’État.

Mme Weil croit « que la crise humanitaire actuelle » fera « réfléchir » la planète. « On voit dans le monde que la crise devient tellement grande. Les pays en Europe se demandent comment ils vont la gérer. Le gouvernement canadien a dit qu’il sera présent et accueillera plus de réfugiés. Il faut avoir, au cours des prochains mois, une réflexion profonde. »

Le porte-parole conservateur Kevin Ménard met de l’avant que «le Canada est l’un des pays les plus généreux au monde en ce qui concerne la réinstallation de réfugiés».

Visitez le site du journal Le Devoir afin de consulter l’article original.

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